Le samedi de marché - une tradition bien intégrée
Depuis onze ans maintenant, le marché Sainte-Anne est bien intégré à la vie culturelle, sociale et économique du village. Pour plusieurs citoyens, le samedi matin est un rendez-vous à ne pas manquer. C'est l'occasion de faire les provisions pour la semaine: on y trouve légumes et fruits frais - souvent biologiques, et sinon certainement locaux - charcuteries de toutes sortes, produits de boulangerie, miels, fromages, collations chaudes, et autres gâteries. Mais c'est aussi un point de rencontre important : rencontre avec les producteurs et artisans d'une part, et rencontre avec ses concitoyens de l'autre. En effet, la visite au marché est une occasion de se réunir entre amis, de se tenir au courant des dernières nouvelles, de siroter un café de début de journée, de voir se côtoyer jeunes et plus âgés, de taper du pied au son de la musique des musiciens invités, et de participer aux évènements festifs qui ponctuent les différentes étapes de la saison. La « patrouille verte » se charge aussi d'apporter un volet éducatif à l'organisation en offrant de l'information sur le compostage, le jardinage, la récupération des eaux usées, entre autres.
Petit retour en arrière
Si la tradition est bien appréciée aujourd'hui, un retour en arrière qu'on effectue peut-être trop rarement nous rappellera qu'un tel succès résulte forcément d'une bonne dose d'efforts et de persévérance de la part de plusieurs personnes dévouées. Effectivement, avant que le marché n'ait l'air d'aller qu'on lui reconnaît aujourd'hui, il aura fallu bien des démarches, et surtout, une idée! Cette dernière, nous la devons à Bano Mehdi, une chercheure de l'université McGill à cette époque.
Il y a de cela une dizaine d'années, lorsque le marché était encore un embryon d'idée, une critique
de plus en plus acerbe du système conventionnel d'agriculture et de la globalisation de l'industrie alimentaire commençait à émerger chez bon nombre de citoyens. L'idée de Bano d'ouvrir un marché public à Ste-Anne-de-Bellevue, où les producteurs bio de la région pouvaient vendre leurs produits sans intermédiaire, s'inscrivait dans cette mouvance. L'idée faisait également suite à la demande de plusieurs étudiants en agriculture du campus MacDonald qui auraient aimé avoir accès à des aliments biologiques et abordables sans avoir à voyager trop loin. Car à part les grands marchés comme Atwater et Jean-Talon à Montréal, aucun marché public extérieur n'existait dans l'ouest de l'île- et aucun marché qui s'inscrivait vraiment dans la philosophie du manger local et biologique,
car une majorité des produits offerts dans les marchés à Montréal provenaient de l'Ontario ou des États-Unis. La particularité du marché Sainte-Anne allait être que tous les producteurs viendraient des environs proches.
En Mai 2001, Bano et son ami Olivier Dubreuil déposèrent donc une proposition officielle au
directeur général de la ville pour un projet de marché public. Le « Comité de développement économique et touristique » de Ste-Anne-de-Bellevue a heureusement soutenu l'idée et
le 16 Juin 2001, le marché Sainte-Anne ouvrait ses portes- ou plutôt ses tentes. La première année, six producteurs (Elwood Quinn, William Golding, Jean Fournel, Alison Hackney, Loise Ecuyer et Yogécostère) allaient être présents à chaque samedi. Modeste installation en comparaison aux trente marchands et plus qui sont dorénavant présents à toutes les semaines! Néanmoins, une foule variant de 50 à 250 personnes était au rendez-vous à chaque samedi.
Que la tradition continue, mais avant... Quelques remerciements à faire
Mentionnons d'abord que le soutien initial de la ville a été primordial pour que le projet prenne forme. Il fallait pour commencer un lieu public où tenir le marché. L'emplacement désigné changea à plusieurs reprises : les premières saisons se dérouleront dans le stationnement devant l'hôtel de ville, ensuite sur la promenade du bord de l'eau, puis de nouveau dans le premier stationnement. Cette année, un nouvel emplacement qui permet d'accueillir plus de marchands a été désigné. C'est dans le stationnement circulaire au coin des rues Sainte-Anne et Saint-Pierre, à côté du dépanneur couche-tard, que se déroule dorénavant le marché public. Un autre appui tout aussi nécessaire de
la part de la ville fut d'assurer un soutien en personnel et en matériel. Ainsi, deux assistantes (Mariana Rodrigez et Dana Chevalier) ont pu être engagées, pour aider les trois employés initiaux (Bano, Olivier et Caroline Begg) à l'installation et à la désinstallation des kiosques. Après la première année « d'essai », la ville finança également l'achat de tentes pour abriter les kiosques et contribuer à rendre le lieu attrayant. Le soutien de bénévoles et de membres de la communauté fut tout aussi important- Bano Mehdi rappelle que neuf bénévoles de l'Université McGill ont grandement participé au succès du projet dans ses premières années. Caroline Begg, Olivier Dubreuil, Bano Mehdi, Mariana Rodrigez, Dana Chevalier, Lise-Anne Briand, Matt Charbonneau et Frédérik Thériault ont été d'importants acteurs dans l'avancement du marché. Encore aujourd'hui, aux employés qui travaillent à la coordination, l'organisation et l'installation (Lise-Anne Briand, Caroline Begg,
Erika White, Darcy White) s'ajoutent des bénévoles dont les nombreux coups de main demeurent indispensables.
Le marché grossit et la saison se prolonge- cet hiver, on mangera encore du frais!
Si l'effet rassembleur crée a été remarquable au niveau de la municipalité même, l'effet a été d'autant plus surprenant chez les citoyens des municipalités avoisinantes. Dès les premières années, des gens d'aussi loin qu'NDG se rendaient jusqu'à notre pointe d'île. C'est encore le cas aujourd'hui pour plusieurs montréalais qui font la route (en voiture, mais souvent en vélo aussi!) en quête de cette ambiance unique qu'on y trouve et surtout, des produits biologiques et locaux qui ne courent malheureusement pas encore les rues. L'engouement des citoyens pour le marché fermier eut tôt
fait de susciter l'attention des médias qui contribuèrent à ce que Sainte-Anne et son marché fassent parler d'eux.
Vu la popularité du marché d'été, en 2007 l'idée fut suggérée par certains clients de continuer à avoir un point de vente pour les produits artisanaux et agricoles locaux au-delà de la saison estivale. Cette proposition porta ses fruits, lorsqu'on procéda à l'ouverture d'un premier marché d'hiver. C'est dans le sous-sol de l'Église Anglicane St-Georges, sur la rue Perrot, que plusieurs des agriculteurs, artisans et clients qui avaient été présents depuis le mois de Mai se réunirent. Là aussi, les emplettes de la semaine sont agrémentées de musique, de rencontres, d'échanges et de célébrations diverses. Le marché de Noël est un évènement particulièrement important pour les marchands présents à la saison d'hiver et pour les visiteurs qui y trouvent tout ce qu'il leur faut pour les repas, gâteries et cadeaux de Noël. Si quelques saisons ont été nécessaires pour que se prenne l'habitude du marché public en plein hiver, depuis quelques années, le rendez-vous du samedi matin est devenu aussi immanquable en décembre qu'en juillet! Le marché d'hiver en est aujourd'hui à sa cinquième année d'opération.
Le marché fait des petits!
Autre évènement significatif, en 2009 le marché Sainte-Anne rejoint l'Association des Marchés Publics du Québec (AMPQ)1. Les marchés publics ont enfin une association qui les encadre et les soutiennent, ce qui est à présent le cas pour tous les marchés du Québec. Enfin, inspirés par ces succès, en 2011 Jean Fournel de la ferme L'Anse au sable et Lise-Anne Briand, coordonatrice actuelle du marché Sainte-Anne, mettent sur pied un marché public à l'Île-Perrot, une ville voisine.
Ce dernier se tient les mercredis soirs de 16h à 20h dans le stationnement du bureau d'information touristique, au bord de l'autoroute 20. On y trouve plusieurs des marchands présents à Sainte-Anne, mais également des nouveaux vendeurs- entre autres, un producteur de vin, de fromages, de viandes, une pâtisserie et autres.
Depuis cette année, l'organisation en charge du marché eut également l'idée de tenir un kiosque
de cuisine spontanée au centre de la place, où un cuisinier confectionnerait des plats utilisant uniquement les ingrédients offerts par les marchands présents ce jour-là. Ainsi, les Dégustations d'Orlando furent lancées au grand bonheur des visiteurs qui s'en font mettre plein les yeux - et plein la bouche! Depuis, plusieurs autres marchés des environs ont adopté le concept et le cuisinier de Sainte-Anne, Orlando Echeverria fait la tournée des marchés de la région, proposant des recettes improvisées qui mettent en valeur les produits vendus localement et inspirant les clients au jeu des saveurs.
Pour Sainte-Anne-de-Bellevue, le marché a été un point tournant. En effet, notre petite ville est désormais « sur la carte » et continuera de l'être à mesure que les évènements entourant et impliquant le marché se multiplient. Depuis sa création, plusieurs autres initiatives citoyennes comme la Coopérative du Grand Orme ont vu le jour. Le marché s'inscrit aussi dans la liste des initiatives qui ont permis qu'en 2010 Sainte-Anne-de-Bellevue soit la troisième ville de la province à être « certifiée équitable ». Force est de croire que ces idées innovatrices continueront d'en inspirer d'autres. Comme nous le rappelle Bano, de cette aventure on peut conclure que « même les semences les plus petites peuvent produire les récoltes des plus savoureuses »! Pour leur support et leur contribution dans cette aventure qui se poursuit, nous souhaitons remercier tous les bénévoles, employés, marchands et fidèles visiteurs du marché.
